Il fallait tenter sa chance, assure l’humo-
riste de 34 ans qui vit à Los Angeles de-
puis presque huit ans maintenant. Beau-
coup de gens se sont moqués de Jean-
Claude Van Damme mais il reste une grosse
inspiration !”
Parti de – et avec – rien comme notre JCVD
national, sans connaître un mot d’anglais, Ju-
lien Tshikuna fait un carton aujourd’hui aux
États-Unis. “C’est la Mecque du stand up, alors
j’avais envie de voir comment cela se passait là-
bas, nous explique celui qui avait fait ses pre-
mières scènes bruxelloises en 2012, à 26 ans,
du côté du Kings of Comedy Club et du Made
in Brussels Show.
Là où des artistes comme Kody l’ont sou-
tenu dans ses ambitions. “Kody m’a beaucoup
poussé à mes débuts, c’est un grand frère pour
moi !”, souligne celui qui a un point commun
– Bruxellois d’origine congolais – avec la star
du Grand Cactus. “J’avais l’impression que mon
humour pouvait être universel. Alors je me suis
dit : pourquoi ne pas viser haut directement et
au moins essayer outre-atlantique ?”
Après avoir apprivoisé la langue et enchaîné
les petits boulots (serveur, livreur de pizzas,
chauffeur de voitures de luxe, etc.), il a non
seulement aujourd’hui un agent (chez la très
renommée Saint Agency), suit des cours d’art
dramatique à la Stella Adler Academy (Mark
Ruffalo, Marlon Brando et Salma Hayek sont
notamment passés par là) mais tourne aussi
des publicités – le cachet peut aller de 10 000 à
100 000 dollars – et a surtout depuis quelques
jours les honneurs de voir son spectacle – New
York Laugh with Africa – diffusé sur Amazon
Prime Video. “C’est une première pour un Belge,
je crois, d’être diffusé sur cette plateforme. Et rare
pour un non natif américain comme moi car j’en
connais certains qui sont dans le milieu depuis
10 ans et qui n’ont pas cette exposition. Ce sont
mes débuts mais la progression fait plaisir. Car
c’est très très dur ici, la compétition est énorme. Il
y a beaucoup de stand-uppers et j’en ai vu beau-
coup abandonner ou repartir dans leur pays.
Mais je pense que mon parcours unique est de-
venu mon arme.”
En effet, né au plat pays, cet ancien joueur
d’Anderlecht – qui a côtoyé Vincent Kompany !
– et dont le grand frère a dansé avec Benny B,
n’est autre que le fils du célèbre boxeur congo-
lais Jean Tshikuna, le tout premier boxeur pro-
fessionnel du Congo, décédé au mois de dé-
cembre dernier (et qui devrait bientôt être ho-
noré par le gouvernement Tshisekedi). “Je
traite un peu de ça dans mon show, le ressenti
d’être le fils d’une ancienne célébrité”, conclut le
cocréateur du collectif Bantu Boys qui réalise
notamment des podcasts basés sur la culture
africaine et possède son propre Open Mic.
“Comme de vivre en Belgique en expliquant la
mentalité européenne avec ses bons et ses mau-
vais côtés. Je joue beaucoup sur ce côté multicul-
turel car les Américains ne connaissent pas vrai-
ment notre pays à part pour la Coupe de monde
de football ou pour le chocolat et la bière (sou-
rire) ! Mais il y a des atouts à parler français, cela
apporte un intérêt particulier. Quand des Améri-
caines apprennent que tu parles français, il y a un
engouement et une excitation soudaine que t’es
Brad Pitt pour deux minutes (rire) !”
Interview > Pierre-Yves